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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

International – Europe La revue DS

Risques psychosociaux au pays de l’horlogerie

Depuis des siècles, l’industrie horlogère a contribué au rayonnement de la Suisse et la convention collective de travail (CCT) de la branche est l’une des meilleures du pays. Pourtant, il apparaît qu’une majorité d’horlogers sont exposés à d’importants risques psychosociaux. C’est du moins ce que montre une enquête du syndicat Unia, le plus important du pays avec ses 200 000 membres.

Au cours de son histoire, l’horlogerie suisse a traversé de multiples crises, notamment au milieu des années 1970 et au début des années 1980. En 2015-2016, elle a perdu 2 000 emplois et ses exportations ont accusé un recul de 10 %.

Plus d’exportations, plus de qualifiés

Depuis, la branche s’est redressée, le secteur horloger et microtechnique occupant aujourd’hui près de 57 000 salariés, dont un bon tiers de travailleurs frontaliers français. Analysée sur le long terme, l’évolution de l’industrie horlogère est foudroyante. Ses exportations, qui représentent 97 % de la production, sont passées de 10 milliards en 2000 à plus de 22 milliards en 2014 ! Après le fléchissement de 2015-2016, cette tendance de fond, qui fait de l’horlogerie la troisième industrie suisse d’exportation, après la chimie et les machines, devrait reprendre cette année. Sur une trentaine d’années, la part des travailleurs qualifiés est passée d’un tiers à deux tiers dans l’effectif total de la branche. Le patronat n’avait d’ailleurs pas d’autre choix que d’accomplir de gros efforts dans ce domaine, seul moyen de garder le cap sur le développement des grandes complications et des produits de luxe. Par son travail de sensibilisation et l’organisation de cours de formation, le syndicat Unia a également contribué à cette évolution qualifiante.

Une convention à l’avant-garde

Grâce notamment à un taux de syndicalisation relativement élevé (proche de 30 %), la CCT de l’horlogerie est l’une des plus intéressantes du pays pour les travailleurs, comme le montre cette petite comparaison entre la convention et la loi sur quelques thèmes essentiels.

Thèmes Convention Loi
Durée du travail 40 heures 45 heures
Vacances 5 semaines (6 dès 50 ans) 4 semaines
Congé de formation 3 jours par année -
Congé-maternité 18 semaines payées à 100 % 14 semaines payées à 80 %
Salaires minimaux Fixés par région -

Pas encore le paradis

On ne saurait conclure de ces quelques données à l’existence d’une sorte de « paradis horloger helvétique ». D’abord parce que les salaires restent trop bas dans plusieurs régions, celles où la sous-traitance prédomine. Ensuite parce qu’une partie du patronat utilise la main-d’œuvre frontalière pour faire pression sur les salaires et les conditions de travail de l’ensemble des salariés, les autorités n’ayant pas encore totalement compris la nécessité d’une lutte plus résolue contre les risques de dumping social découlant de la libre circulation des personnes conclue entre la Suisse et l’Union européenne. Enfin parce qu’une enquête du syndicat Unia, à laquelle ont répondu près de 1 000 salariés, souligne que nombre d’entre eux sont soumis à une surcharge de travail, au stress, au harcèlement psychologique et à la fatigue.

Quantité excessive de travail

Les principaux résultats du questionnaire, qui a vu s’exprimer 51 % de femmes, 80 % d’employés pour 20 % de cadres et 44 % de salariés travaillant dans des entreprises de plus de 5 000, peuvent être synthétisés comme suit :

  • 76 % des sondés indiquent être stressés par le « travail contre la montre», 68 % par les « interruptions fréquentes», 60 % par une « quantité excessive » de travail » et 59 % par des « instructions de travail contradictoires ».
  • 63 % des personnes interrogées estiment que leur chef ne se soucie pas de leur bien-être, alors que 33 % d’entre elles pensent que celui-ci a une attitude fondamentalement hostile à leur égard.
  • Le stress et une ambiance de travail conflictuelle ne sont évidemment pas sans conséquence sur la santé, 51 % des sondés se sentant fréquemment fatigués et 30 % « physiquement vidés».

La crise de 2015-2016, qui a engendré des licenciements collectifs et une incertitude sur l’avenir, n’est évidemment pas étrangère à cette dégradation des conditions de travail. Raison pour laquelle Madalena Bortnik, responsable de l’horlogerie au syndicat Unia, demande l’arrêt des attaques contre la Loi sur le travail, son application stricte, ainsi que celle de la CCT de l’horlogerie. CCT qui, voici vingt ans, avait été la première à englober des dispositions visant à prévenir et à combattre le harcèlement professionnel.

Jean-Claude Rennwald (Ancien député PS au Conseil national suisse, militant socialiste et syndical) : article paru dans la revue Démocratie&Socialisme n°249 (novembre 2017)

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