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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Gauche Démocratique & Sociale

Reconstruire la Gauche dès maintenant

Le samedi 20 janvier, une réunion nationale réunissait près d’une centaine de camarades venus d’un grand nombre de départements. Après un débat sur la situation générale, l’assemblée a adopté deux déclarations. Cette belle journée de travail s’est conclue par une table-ronde autour de la question « Comment rassembler la Gauche ? ».

Aix-en-Provence, Avignon, Châlons-en-Champagne, Fécamp, Le Mans, Lyon, Moulins, Nantes, Paris et l’Île-de-France, Pau, Rouen, Toulouse, la Loire, la Haute-Loire, le Var… De nombreuses villes ou départements étaient présents. Plusieurs .e. d’Ensemble!, de Nouvelle Donne, de République et Socialisme, ainsi que d’autres composantes de la gauche ont pu suivre les débats de la journée et échanger pendant l’heure du déjeuner.

Cette rencontre faisait suite à l’Appel lancé pour « reconstruire la gauche » (http://reconstruire-la-gauche.fr) signé par 1 152 socialistes de gauche, unitaires, membres ou non du Parti socialiste. La matinée fut introduite par Éric Thouzeau, conseiller régional des Pays de Loire. Il rappela la genèse de l’appel, initialement lancé pour demander un congrès socialiste ouvert. Pour les signataires, membres du parti socialiste ou non, il s’agissait de tirer le bilan du quinquennat et d’en appeler à une réorientation pour reconstruire la gauche.

Très vite, il apparut qu’une partie des signataires – la moitié sans doute – étaient hors du PS et pour certains dans d’autres formations. La situation interne au Parti socialiste évoluait elle-même à partir du verrouillage du congrès. Le Conseil national du PS a décidé, en effet, le 9 décembre de modifier les règles : plus de contributions générales, plus de liberté dans l’écriture des motions, présentation par 5 % de membres du Conseil national alors qu’un seul membre suffisait par le passé, etc … Cette nouvelle situation dépossédait les militant.e.s de toute intervention directe dans le congrès. Dès lors, des centaines de militant.e.s annonçaient leur rupture avec le PS pour mieux rester socialistes.

La rencontre et le débat du 20 janvier n’étaient donc pas ceux d’un courant du PS. Même si la place et le rôle des militant.e.s regroupé.e.s autour de la revue Démocratie & Socialisme étaient importants. Pas question de discuter tactique, mais d’aller sur les questions de fond.

Partir de la situation générale

Dans son introduction, Éric Thouzeau a accordé à juste titre une place importante à la caractérisation du « macronisme ». Le politologue Jérôme Sainte-Marie parle d’un « bloc élitaire » formé derrière Macron. C’est en réalité une recomposition du bloc bourgeois – c’est-à-dire de la droite – derrière le président qui est en train de s’opérer. Pour Jérôme Sainte-Marie, « il s’agit bien sûr d’abord de l’élite sociale, qui fonde sa domination sur sa maîtrise des outils économiques, notamment financiers, et de l’appareil d’État »1.

Ce bloc bourgeois s’est coalisé autour de cinq piliers : un transfert massif de la richesse avec la captation de 42 % des gains liés aux réformes par 5 % des plus riches, une casse des droits sociaux, une dérive autoritaire (loi anti-terroriste, circulaire anti-migrants...), l’annonce d’une réforme constitutionnelle réduisant le nombre de député.e.s et la place des partis, ainsi qu’une fédéralisation de l’Europe sans projet social, présentée comme une nécessité pour que l’Union « joue son rôle dans la mondialisation ».

Pour faire passer la pilule, le discours macroniste se place diamétralement à l’opposé de la pratique présidentielle réelle. Macron prétend mieux accueillir les migrants, mais il avalise la circulaire Collomb et fustigent les associations qui les aident. Il prétend redonner du pouvoir d’achat, mais c’est en affaiblissant le salaire brut et en cassant les mécanismes de solidarité construits autour de la Sécurité sociale depuis 1945. Il y a besoin de pédagogie, d’éducation populaire pour déconstruire le discours de l’exécutif, mettre à jour les faits et les actes afin de mieux s’opposer à Macron-Thatcher.

Le « macronisme » provoque également un « creux » dans la situation politique. L’échec du mouvement social contre les ordonnances, faute de débouché politique, n’aide pas. La recomposition du « bloc bourgeois » auquel s’est ralliée une grande partie des dirigeants du PS au moment du vote de confiance à l’Assemblée – avec 23 abstentions sur 31 membres du groupe – en est une des illustrations2.

Pour autant, ce « bloc bourgeois » recomposé derrière Macron est fragile. Sa base sociale est très étroite. Il est surtout fort des faiblesses et des divisions d’une gauche fragmentée qui n’a pas encore engagé réellement sa recomposition. D’autre part, les effets de la politique gouvernementale sont en grande partie illusoires. La croissance est molle, l’accroissement des inégalités freine toute croissance des biens et services. Le journal Les Échos, pourtant composante éminente du bloc bourgeois note ainsi que « les créations d’emplois devraient passer de 150 000 par semestre à 70 000 environ dans la première moitié de l’année 2018 »3.

Une gauche éclatée

Éric Thouzeau a ensuite détaillé, dans son rapport introductif, l’état de la gauche.

Le PS n’est plus la force hégémonique qu’il a été. Il s’agit même d’un parti à la dérive, à en croire Michel Noblecourt dans un article du Monde4. Il refuse de tirer le bilan du quinquennat et semble avoir définitivement effectué sa mue sociale-libérale... Le rapporteur s’est interrogé sur la nature de ce parti et, dans la salle, des intervenants ont repris cette interrogation, exemples historiques à la clé. Ce sera un débat à poursuivre. Ce qui est une certitude, c’est le fait qu’il puisse survivre sans avoir la place centrale qu’il occupait jusqu’ici. Qu’il puisse revivre aussi, si aucune recomposition à gauche ne vient le remplacer.

Le débat a ainsi conforté l’idée que nous devions acter cette situation et ne plus nous positionner en fonction de ce qu’avait pu représenter le Parti socialiste. C’est pourquoi les déclarations proposées au vote des participant.e.s ont été modifiées tant à partir des amendements reçus préalablement, que du travail de groupe qui a eu lieu le midi et des échanges de l’après-midi (voir les encadrés dans ce dossier).

Seconde réalité : la France insoumise est la force électoralement dominante à gauche. Personne ne peut l’ignorer. Plusieurs signataires de l’appel « Reconstruire la gauche », membres de la FI, ont pu intervenir dans le débat pour souligner l’apport des groupes d’action, leur diversité... En effet, ces groupes d’action sont traversés de nombreuses questions. Et c’est bien normal pour un mouvement de cette ampleur qui regroupe des militant.e.s avec une grande expérience et d’autres qui se sont engagé.e.s beaucoup plus récemment. L’activité sur le terrain s’est illustrée de façon différente dans les législatives : unitaire ici, dans une concurrence à gauche ailleurs. Ce qui apparaît, à l’évidence, c’est que la position de la FI, première force électorale anti-Macron, ainsi que son indéniable activité sur le terrain, ne se traduisent pas par une prise de responsabilité et des propositions au reste de la gauche. C’est pourtant une tâche qui lui incombe en priorité, vu les scores qu’elle a obtenus en avril, puis en juin derniers. Or, depuis la séquence électorale désastreuse du printemps 2017 – et en dépit du fait que 80 % d’accord existe sur le social, l’écologie, la VIe République et bon nombre d’autres propositions –, la gauche de transformation reste divisée.

Et personne ne peut croire qu’elle puisse s’unifier sous une même bannière à court terme, surtout lorsque l’on détaille la situation de chaque organisation, du Parti communiste français à Génération.s, Ensemble!, EELV, République et Socialisme, etc.5.

Assurer les fondations

Deux questions ont ainsi été abordées avant de travailler sur la déclaration n°2 tournée vers l’avenir.

La première question est stratégique. Il y a nécessité de confronter les points de vue car personne ne se ralliera à personne. Pourtant, la situation d’éclatement ne doit pas durer. Mettre en place des lieux de débat et d’action, ou d’initiatives, est dès lors impératif. Le bulletin Passerelles est un des moyens de créer ces lieux qu’il convient de multiplier sur les territoires à l’occasion des mobilisations ou de réunions-débats. Il ne s’agit pas de faire de « l’entre-soi » ou de discuter les virgules d’un texte programmatique idéal, mais bien d’enclencher une dynamique vertueuse de rassemblement. Il faut pour cela élargir la démarche aux citoyen.ne.s, aux syndicalistes, aux militant.e.s écologistes, associatifs et féministes...

Sans doute faut-il par ailleurs aller plus loin en proposant la création, à tous les niveaux, de comités de liaison pour que puisse se mettre en place un espace permanent de débats politiques, d’initiatives et d’actions. C’est la question d’une coalition permanente à gauche, sans exclusive, que la GDS et d’autres composantes de la gauche mettent sur la table. L’idée est de se concentrer sur ce qui fait accord, et non sur les divergences, étant entendu que l’on s’efforcera de les dépasser à chaque fois que ce sera possible.

La seconde question concerne la réflexion programmatique. Il y a des questions anciennes à revisiter sur le social, l’écologie, la démocratie, l’Europe, comme sur les questions internationales. Mais l’accent a aussi été mis sur les questions nouvelles, celles de notre temps. Comment répondre au défi climatique et écologique qui menace l’humanité ? Comment appréhender les migrations économiques, celles dues aux guerres ou aux changements climatiques, en allant à la racine des choses : l’exploitation capitaliste des ressources, la captation des richesses ? Ce questionnement, loin de marginaliser la question sociale, confirme sa place absolument centrale dans le socialisme du XXIe siècle à construire. C’est à notre sens le salariat, de plus en plus fort numériquement sur la planète, qui doit faire valoir ses droits et combattre pour une transformation radicale de la société.

Débattre ensemble

La table ronde organisée l’après-midi permit de commencer à mettre en pratique une stratégie de confrontation et de rapprochement des points de vue.

Participaient à cette table ronde Gérard Filoche pour la Gauche démocratique et sociale (GDS), Pascal Cherki de la direction de Génération.s, Marie-Christine Vergiat, députée européenne Front de Gauche, Jean-François Pélissier, un des porte-paroles d’Ensemble!, Lucien Jallamion, président de République et Socialisme, ainsi que Fethi Chouder, adjoint au maire d’Aubervilliers.

Leurs interventions furent complémentaires. Gérard Filoche revint sur la place centrale du salariat, Pascal Cherki interrogea sur la question du travail et la réalisation de la valeur économique poussant au débat en ce sens. Marie-Christine Vergiat traita quant à elle des défis européens et aborda la question des migrants. Jean-François Pélissier et Lucien Jallamion eurent des interventions plus généralistes. Le porte-parole d’Ensemble! indiqua l’importance prise par la France insoumise en écho aux débats qui traversent cette formation et Lucien Jallamion manifesta son accord pour un rapprochement dans des comités de liaison, des coalitions, etc., dès lors qu’on ne forçerait pas la marche vers l’objectif d’une fédération de la gauche.

Une représentante de Nouvelle Donne intervint ensuite, ainsi qu’un responsable de EELV, non mandaté, qui insisté sur la nécessité d’intégrer l’écologie au récit politique et aux propositions de la même façon que les écologistes devaient intégrer la question sociale. Notre camarade Vincent Présumey fit remarquer que les contradictions dans les interventions de Filoche et Cherki pouvaient être dépassées. Pendant une heure, la salle participa à la discussion avant que chaque orateur conclue l’après-midi. La discussion est à poursuivre partout et d’ores, et déjà une nouvelle rencontre nationale est envisagée en avril ou mai prochain.

Cet article est à retrouver dans la revue Démocratie&Socialisme n°251 de janvier 2018

  1. Pour l’entretien qu’il a accordé à Aziliz Le Corre, voir http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2017/12/29/31001-20171229ARTFIG00236-jerome-sainte-marie-bilan-d-une-annee-politique-o-tout-a-bascule.php.
  2. La confiance a été votée le 4 juillet 2017. Sur 577 députés, il n’y en a eu que 67 à s’opposer dont tout le groupe France Insoumise, 12 communistes et 5 socialistes. cf : http://www2.assemblee-nationale.fr/scrutins/detail/(legislature)/15/(num)/1.
  3. Cf. Les Échos du 20 décembre 2017.
  4. 4. lemonde.fr/idees/article/2018/.../le-parti-socialiste-a-la-derive_5241780_3232.html.
  5. L’intégralité du rapport est disponible sur demande à contact@reconstruire-la-gauche.fr.

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