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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Le social au cœur

Quel ras-le-bol ? Celui de l'injustice fiscale

La droite et les médias dominants n’ont pas lésiné sur les moyens. Et pourtant... La tentative du gouvernement, de LR et des néolibéraux de tout poil pour faire de la révolte des gilets jaunes contre une fiscalité injuste une révolte contre la fiscalité en général, au profit des plus riches, est en train d’échouer.

La plupart des médias dominants (à l’exception notable du Monde et, dans une moindre mesure, de Libération) se sont rués sur les dernières statistiques de l’Union européenne (Eurostat) pour stigmatiser « la France championne d’Europe des impôts ». La France n’a-t-elle pas consacré, en 2017, 48,4 % de son PIB pour financer « les prélèvements obligatoires », contre une moyenne de 40,2 % pour l’Union européenne ?

Haro sur l’impôt

Mais en quoi est-ce un problème ? Pour les compagnies d’assurance et les fonds de pension qui perdent ainsi beaucoup d’argent, on comprend que le problème existe, mais certainement pas pour les habitants de notre pays. La part des cotisations sociales (considérées comme un impôt !) s’élève à 18,8 % en France, contre 13,3 % en moyenne pour l’Union européenne. Cela signifie qu’ailleurs, en Europe, il faut souscrire des assurances privées qui coûtent beaucoup plus cher à chaque souscripteur, pour des soins le plus souvent de moins bonne qualité. Il en va de même pour la part du PIB consacré aux retraites financées par les systèmes par répartition et qui échappent, ainsi, aux fonds de pension.

Le problème serait plutôt dans le fait que, selon les même statistiques, l’impôt sur le revenu (un impôt progressif à la différence de la TVA dont le taux est le même pour le titulaire d’un RSA et pour Carlos Ghosn) et l’impôt sur le patrimoine (qui privilégie les plus riches) est inférieur de 0,3 % à la moyenne européenne.

Les médias dominants ont même ressorti de la naphtaline le « jour de la libération fiscale ». Ce jour se situerait le 27 juillet en France en 2018. Ce jour-là, chaque habitant de notre pays ne travaillerait plus que pour lui-même, alors que les 208 premiers jours de l’année auraient été consacrés à payer l’État. Les médias concernés se gardent bien de préciser que sans ces versements à l’État, chaque habitant de notre pays aurait dû financer son tout-à l’égout, payer un péage pour rouler sur les routes nationales et départementales ou pour franchir un pont quel qu’il soit, financer ses études (depuis la maternelle) et celles de ses enfants, payer ses frais médicaux et hospitaliers (ou souscrire une assurance privée qui ne serait pas une simple complémentaire mais couvrirait tous les frais)… On comprend aisément quels seraient les (très nombreux) perdants et les (quelques) gagnants.

Ras-le-bol fiscal ou colère sociale ?

Les gilets jaunes ne partagent pas le « ras-le-bol » fiscal des libéraux. Ce qu’ils ne supportent pas, c’est l’injustice fiscale. Leurs déclarations, leurs messages sur les réseaux sociaux, les sondages l’attestent. Combien de pancartes ne reprennent-elles pas, d’une façon ou d’une autre, le mot d’ordre de Ruffin : « Rends d’abord l’ISF ! »

Les gilets jaunes sont particulièrement bien placés pour savoir l’importance des services publics (financés par les impôts), car ils les voient régulièrement diminuer, qu’ils habitent dans les zones rurales ou dans les zones périphériques : chemins de fer, hôpitaux de proximité, Poste, écoles...

« L’élément de langage » qui tourne en boucle sur nombre de chaînes de télévision ou d’antennes radio n’a aucun sens « Comment peut-on être pour moins d’impôts et plus de services publics ? ». Il n’y a aucune contradiction : il suffit d’augmenter les impôts des riches et des sociétés, d’instaurer une fiscalité progressive et d’arrêter de taxer ceux qui arrivent de plus en plus difficilement à boucler leurs fins de mois.

Une double injustice

Les gilets jaunes ont parfaitement conscience d’une double injustice. D’un côté, ils ont parfaitement compris que les impôts des riches et des sociétés ne cessaient de diminuer : 38 milliards de cadeaux sous forme d’exonération de cotisations sociales et de CICE pour les entreprises en 2019, flat tax de 30 % pour les revenus du capital, suppression de l’ISF… Tout cela en pure perte (sauf pour les dividendes des actionnaires), car le nombre de chômeurs ne descend pas en-dessous de 6,5 millions. Les gilets jaunes savent aussi que ni le kérosène, ni le carburant maritime (pourtant des plus polluants), ne subissent les mêmes taxes que celles qu’on leur impose.

D’un autre côté, leur pouvoir d’achat stagne : les salaires n’augmentent qu’au compte-gouttes, les retraites ne sont plus indexées sur l’inflation, l’augmentation de la CSG frappe 60 % des retraités, la baisse de la taxe d’habitation est bien souvent réduite à néant par l’augmentation des taux car les collectivités locales ne peuvent plus faire face à leurs dépenses, et les prix augmentent en cascade dans tous les secteurs (énergie, alimentation, timbres, contrôle technique des voitures…)

Et, en plus de cela, il faut subir la morgue d’un Macron qui affirme que, si l’on veut trouver un travail, « il suffit de traverser la rue » ou de la ministre du Travail qui prend les salariés pour des imbéciles en leur annonçant que bien qu’il n’y ait pas de « coup de pouce » pour le Smic, ce dernier augmentera d’environ 2 % grâce à l’inflation ! Comme si les salariés ne pouvaient pas comprendre que cette augmentation ne faisait que compenser l’augmentation des prix !

L’augmentation des taxes sur les carburants a, dans ce contexte, été la goutte qui a fait déborder le vase.

Fiscalité punitive

La fiscalité sur les carburants est une fiscalité punitive qui n’a rien à voir avec l’écologie. Une très faible partie de l’augmentation de la taxe sur les carburants va en effet à la transition écologique. Mais là n’est pas l’essentiel. La principale question à se poser est celle de savoir si cette augmentation va changer le comportement des habitants des zones rurales et périphériques. Il ne s’agit pas de taxer pour le plaisir de taxer.

Le mouvement des gilets jaunes met en lumière ce qui était un impensé d’une bonne partie de la gauche sur la question de la taxe carbone et tout particulièrement sur l’augmentation des taxes des carburants : il n’est pas possible d’utiliser l’arme fiscale tant que les gens qui utilisent une voiture n’ont pas la possibilité de faire autrement. Cette fiscalité est alors uniquement une fiscalité punitive qui aboutit à renforcer ceux qui, à droite et à l’extrême droite, nient le basculement climatique ou s’en soucient comme d’une guigne .

Les néolibéraux sont persuadés que la politique fiscale crée des incitations qui influencent le marché et que les « agents rationnels » ne peuvent que fuir l’impôt et adapter aussitôt leur comportement*. Là encore, ce raisonnement se heurte au même roc de la réalité que l’argument précédent : les « agents rationnels » voient leur comportement déterminé par beaucoup d’autres éléments que la fiscalité et notamment par un élément essentiel : la possibilité de choisir ou de ne pas choisir un autre mode de déplacement que la voiture. C’est exactement le cas des habitants des zones rurales et périphériques qui n’ont pas d’autres moyens pour aller au travail et en revenir, amener leurs enfants à l’école, aller chez le médecin, faire leurs courses au supermarché...

Que faire ?

La voiture électrique n’est pas, aujourd’hui, une solution. Même avec une prime plus importante, il restera encore à financer « tout le reste » comme l’affirmait un gilet jaune à la télévision et « je n’ai pas le premier sou pour le faire »…Beaucoup de gens ont, en effet, difficilement les moyens de payer les réparations de leur (vieille) voiture ou le contrôle technique de leur véhicule.

Ce n’est que lorsque les habitants des zones rurales ou périphériques auront la possibilité matérielle d’utiliser d’autres moyens de transports que la voiture à essence ou au diesel qu’il sera possible d’utiliser la fiscalité afin d’inciter à utiliser ces nouveaux moyens de transport. Mais pour que ce choix existe, il faudra des investissements publics massifs (trains, bus électriques confortables et souples), car investir dans ces zones n’est pas rentable d’un point de vue capitalistique.

Tant que les conditions d’un choix d’utiliser ou non une voiture n’existeront pas dans les zones rurales ou périphériques, aucune augmentation des taxes sur les carburants n’est acceptable.

Toutes celles et tous ceux qui sont persuadés que le basculement climatique est un danger absolu pour la planète devraient accepter ce constat. Le mouvement des gilets jaunes est un moment déterminant pour montrer aux habitants des zones rurales et périphériques que les partisans de l’écologie ne veulent pas d’une fiscalité punitive, et expliquer aux habitants des centres-villes que la transition énergétique ne pourra se faire sans justice sociale.

Cet article de notre camarade Jean-Jacques Chavigné est à retrouver dans le numéro de décembre de la revue Démocratie&Socialisme

* Voir à ce sujet le savoureux article de Michel Husson sur le site À l’encontre : « Les fondements microéconomiques de la connerie » (http://alencontre.org/economie/les-fondements-microeconomiques-de-la-connerie.html).

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