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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Écologie

Quand le capitalisme investit l’agriculture biologique

Par Margaux Denantes

Nous reproduisons ici un article de la rubrique écologie du numéro d’avril de la revue Démocratie&Socialisme

Il suffit dʼouvrir les yeux dans les rayons de nos supermarchés. Petit à petit, la grande distribution remplace des produits issus de lʼagriculture conventionnelle intensive, par des produits bio. En France, près de 20 % de la consommation est bio. Tous les jours, des exploitations agricoles entament une conversion vers le bio. Si les produits sont garantis sans pesticides, ils ne constituent pas forcément la panacée sur le plan social, comme sur le plan écologique.

Les produits bio sont majoritairement importés du bout du monde, et sont donc à empreinte écologique élevée. Ils sont par ailleurs trop souvent produits par des ouvriers exploités dans des conditions de misère.

De nombreux consommateurs soucieux de la qualité de leur nourriture se tournent, à juste titre, vers le bio. Cela constitue une véritable aubaine pour ceux qui se sont lancés dans son commerce. Lʼun de ses ressorts est son étiquetage. Ainsi, les labels certifiés bio, permettant de distinguer le produit, poussent comme des champignons. Un étiquetage bio, cʼest la certitude de tripler le prix dʼune récolte. Quand on traverse « el mar de plastico »*, une vaste étendue de serres dans la région dʼAlmeria, en Espagne, où poussent des tomates bio et où sʼentassent des ouvriers africains sous-payés, on est loin des pionniers de lʼagriculture biologique qui prônaient tout autant un modèle de société quʼun type de production.

Le bio est aussi un marché

Pire, lʼétiquetage bio étant un marché très juteux, il attire les escrocs, dont l’œuvre consiste à contourner les normes. En Allemagne, des associations de défense de lʼenvironnement débusquent une exploitation dʼengraissement de dindes aux méthodes douteuses. En Roumanie, on dénombre plusieurs exploitations épinglées pour avoir nourri des vaches au maïs OGM. Toutes avaient reçu le label bio.

Là où lʼétiquetage bio devrait se durcir, afin notamment de ne plus laisser la place à de tels agissements, le label AB a au contraire baissé la garde, adaptant ses critères à la législation européenne. Comble de lʼironie, le label AB autorise la présence de 4,99 % dʼingrédients issus du secteur conventionnel et jusquʼà 0,9 % dʼOGM « accidentels »...

Le secteur du bio, comme nʼimporte quel marché, soumis aux mêmes mécanismes dʼaccumulation de richesses par quelques-uns au détriment de tous les autres, est entraîné dans une logique capitaliste de concentration. Ainsi, le secteur français de la transformation des produits issus de lʼagriculture biologique se résume à trois noms : Léa Nature (enseignes Jardin Bio, Biovie, Natessance), Biocoop et Distriborg. À eux trois, ils représentent un quart du marché « bio » alimentaire et cosmétique.

Simple label ou remise en cause du modèle de développement ?

Certaines de ces marques sont adeptes du marketing par la peur. Surfer sur les craintes – souvent légitimes – des consommateurs pour construire un marché juteux éloigne considérablement de la promotion d’un projet de société tourné vers la simplicité et la fin de l’accumulation des biens. Une doctrine que l’on peut résumer ainsi : consommer à outrance, pourquoi pas, mais en se tournant vers des produits bios, donc sains ! C’est en s’appuyant sur les dangers – réels – des produits chimiques contenus notamment dans les cosmétiques, que certaines enseignes font décoller leur chiffre d’affaires. À nos dépens (lire encadré).

A contrario, notamment au sein des Associations pour le maintien d’une agriculture paysanne (Amap), des paysans vendent en direct aux consommateurs, posent la question du juste prix, réfléchissent aux conditions de travail dans les exploitations agricoles, dans les parcelles maraîchères… Alors le bio, simple label ou vraie discussion sur nos modes de production et de transformation des produits que nous utilisons ? Cʼest bien la remise en question du modèle de développement capitaliste qui se pose, et pas simplement lʼenjeu – pourtant si légitime – de la fin des pesticides dans nos assiettes.

Margaux Denantes

* « La mer de plastique »

Le patron de Léa Nature, Charles Klobouloff, est un adepte du marketing par la peur. Pour Klobouloff, il faut consommer à outrance, mais en se tournant vers des produits bios. Et c’est encore mieux quand il s’agit des siens ! Aujourdʼhui président du club « 1 % for the planet »*, Klobouloff reverse annuellement 1 % du chiffre du groupe Léa Nature à des ONG, notamment celles qui participent de la promotion dʼun discours anxiogène quant aux conséquences néfastes de la consommation des produits conventionnels sur notre santé.

* https://fr.wikipedia.org/wiki/1_%25_pour_la_plan%C3%A8te

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