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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Féminisme

Pour une analyse politique de l’injure sexiste

Le 28 septembre dernier dans quelques 250 villes dans le monde entier se sont déroulées des SlutWalk en français, la Marche des salopes, contre la culpabilisation des victimes d’agressions sexuelles et le sexisme.

C’est un mouvement initié par des canadiennes dénonçant les propos d’un policier qui affirmait que «les femmes devraient arrêter de s’habiller comme des salopes si elles ne veulent pas être victimes». Il fédère des femmes plutôt jeunes dont les mots d’ordre sont :

Ceci est une jupe, pas une invitation ou La honte doit changer de camp. Le but est à la fois de dénoncer le viol, mais aussi le traitement que subissent les victimes. Un viol n’est jamais ni consenti, ni provoqué, ni de la faute de la victime ! dit un autre slogan.

En France l’émergence de ce mouvement est une réaction aux anti-mariage pour tous et aux masculinistes, perchés sur des grues le plus souvent. Les premiers sous couvert de protéger l’enfant, les autres sous couvert défendre les droits des pères réassignent les femmes dans un rôle de soumission à l’ordre patriarcal.

Si on a beaucoup dit que les anti-mariage pour tous avaient ouvert la boîte de pandore de l’homophobie, on oublie de dire qu’ils ont aussi ouvert celle du sexisme. Même dans nos propres rangs, on entend des injures sexistes qui sont laissées sans réactions.

L’injure sexiste est la sœur jumelle de l’injure raciste

Dans nos rangs, oui ! On laisse traiter une femme de mal baisée alors qu’on s’indignerait de laisser traiter un homme de couleur de sale nègre. Pourtant, une injure sexiste, c’est comme une injure raciste, les mécanismes à l’œuvre sont les mêmes. Quand on traite un Noir de sale nègre, on le réduit à sa seule couleur de peau. La richesse de l’individu insulté disparaît derrière sa couleur de peau. Il n’est plus un homme, il devient une chose. On le renvoie à un aspect de sa nature qui est considérée comme inférieure par l’insulteur.

Comme l’expliquent Les chiennes de garde c’est un rapport dominant/dominé qui se joue dans l’injure sexiste : « l’insulteur-dominant réduit l’insulté-e à sa différence. La richesse et la complexité de l’insulté-e disparaît. Le Noir est réduit à son épiderme. Cette réduction équivaut à une mutilation. L’insulteur n’a pas à faire preuve d’imagination : il s’appuie tranquillement sur l’idéologie dominante, il se permet de définir l’autre. L’insulté est partiellement détruit. L’insulteur se porte comme un charme. Il éprouve même cette certaine qualité de satisfaction propre à qui vient de se défouler sur autrui. Il constate les dégâts sur l’autre, et cette constatation elle-même lui sert à justifier sa propre supériorité. Celui qui est traité de sale juif subit le même traitement. Aux yeux de l’antisémite, le mot juif est en soi une insulte. Qui est juif ne saurait être à égalité avec un être humain normal, à savoir un non juif. Il suffit donc d’affirmer le mot juif pour anéantir l’autre. Dans cette galère, le Noir et le juif se retrouvent dans la même situation, à savoir du mauvais côté d’un rapport de domination. Pour leur soulagement, ils bénéficient d’une loi qui réprime les insultes racistes et antisémites. Ça ne supprime pas le problème, mais ça permet et de le faire reconnaître, et de se défendre. »

Les injures sexistes se jouent sur le même rapport dominant/dominée. L’injure sexiste ramène la femme à un objet de sexualité : mal baisée ou de service : va laver tes casseroles ou qui va garder les enfants ?

Laissons les chiennes de garde continuer la démonstration : «Qu’oppose-t-on à une femme quand on l’insulte ? On lui oppose le simple fait d’être une femme. C’est à dire, avant tout, de ne pas être un homme.

L’insulte salit et rabaisse celle qui en est l’objet. Elle la réduit toute entière à son sexe et à ses attributs ou fonctions supposés».

Maman ou putain, la vision obtuse de l’insulteur

L’insulteur, vis à vis des femmes, décline à l’infini le thème maman ou putain. De va te faire baiser, salope à retourne à tes casseroles, bonniche, il fixe la limite du domaine imparti aux femmes. Au passage, en la réduisant à son sexe, en affirmant qu’elle n’est que ça, il confirme une idée chère au sexisme : les femmes n’ont pas de cervelle. Il dit tu n’existes pas, ou plutôt tu n’existes que là ou je te laisse exister. Et gare à toi si tu sors du territoire que je définis. L’insulte fait partie intégrante de l’arsenal de la misogynie. Elle en est la première étape. Le stade verbal avancé. Et quand les mots ne suffisent pas, il suffit de passer à l’étape suivante. Les résistantes auront affaire à des violences de moins en moins symboliques. Entre l’inflation verbale et la brutalité physique, le chemin est parfois extrêmement court. Entre salope et le coup ultime qui arrache la vie, il y a certes une énorme différence de degré, mais pas de nature. C’est la logique de la loi du plus fort, qui comme chacun sait, est sinon la meilleure du moins la plus efficace pour qui veut imposer à autrui sa vision du monde. »

Un insulteur hélas encore excusable pour une majorité des militant.e.s

Le pire c’est qu’on trouve toujours des excuses l’insulteur du style : Oui, mais, elle l’a bien cherché, comme pour les mini jupes provocatrices de viol ou mieux : Tu sais c’est dans son caractère, il est comme ça, il faut faire avec ou encore, il était encore saoul.

Le sexisme la matrice de la domination masculine

Laisser dire, sans poser une limite à ne pas franchir, c’est cautionner le rapport de domination entre les hommes et les femmes ; rapport qui est la matrice de toute domination. En tant que militant.e.s, donc un peu conscient.e.s de rapport de domination de classe, il serait intéressant de se questionner pour essayer de mettre en cohérence nos pratiques quotidiennes avec nos revendications de plus de justice pour tous et toutes.

Voici pour mémoire un texte de Golardia Sapienza, qui donne à réfléchir. Cette auteure italienne est née dans une famille socialiste anarchiste sicilienne. Son père, avocat, fut une figure importante du socialisme sicilien jusqu'à l'arrivée des fascistes et sa mère était directrice du Cri du peuple, le journal de la section turinoise du Parti socialiste dont Antonio Gramsci était un des rédacteurs. Elle était elle – même une lectrice avisée d’August Bébel. Dans son roman L'Art de la joie, voilà ce qu’elle fait dire à son personnage principal, Modesta, qui vient de subir des propos sexistes : « - Modesta, tu n’as pas l’intention de faire éclater un scandale n’est-ce pas ? – Si ça m’était possible, je le ferai, mais je sais que ce n’est pas possible, parce que vous êtes un tas de traîtres, Joyce. »

En tant que militants et militantes pour la justice, pour l’égalité, on peut aussi choisir d’affirmer ses valeurs morales et ses espoirs pour l’être humain et dire qu’on récuse ce mode de communication cavernicole.

Ne pas parler, ne pas fixer les limites, c’est cautionner le dominant contre le dominé. C’est sans doute ce que nous disent ces jeunes femmes qui manifestaient le 28 septembre. C’est probablement ce que nous devrions entendre.

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