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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

International – Europe

Portugal : le cercle vertueux de l'unité

Croissance au beau fixe, taux de chômage en nette régression, déficit budgétaire extrêmement bas, excédents commerciaux... Tout semble sourire au gouvernement socialiste portugais, qui avait pourtant hérité dʼun pays ravagé par lʼaustérité. Il faut dire que le cabinet dirigé par António Costa jouit du soutien critique, mais actif, de toutes les composantes de la gauche portugaise.

Quel retournement pour le PSP ! Le parti était en effet sorti lessivé des années Socrates (2005-2011), marquées par une soumission sans bornes aux exigences de la Troïka. Même la cure dʼopposition imposée au parti par le retour de la droite, derrière Coelho, nʼavait pas exorcisé ses vieux démons sociaux-libéraux. De lʼavis de tous, la campagne menée par Costa pour les élections dʼoctobre 2015 fut particulièrement timorée. Malgré le net rejet de la droite et de lʼaustérité au sein du corps social, le score du PSP fut décevant et ce fut de lʼextérieur que vint le nécessaire appel à lʼunité de la gauche sur une programme rompant avec les diktats de la finance (voir ci-contre).

Le redressement portugais

Un gouvernement socialiste minoritaire, contraint dʼappliquer un plan de relance pour sʼassurer le vital soutien sans participation du Bloco de Esquerda, du Parti communiste portugais et des Verts : telle est la formule politique qui a donc permis au Portugal de relever la tête.

Le redressement est en effet vertigineux pour un pays qui avait été dévasté par les politiques austéritaires du temps de Socrates, puis de Coelho. Le taux de croissance sʼétablirait en 2017 aux alentours de 2,5 %, contre 1,9 % pour la zone euro et seulement 1,5 % pour la France. Le taux de chômage, qui touchait 16 % de la population active en 2013 et qui sʼétait stabilisé au-delà de la barre des 12 % au moment de lʼentrée en fonction du gouvernement Costa, avait quant à lui reculé dʼun point fin 2016. On lʼévalue à moins de 9 % pour le deuxième trimestre 2017. Les projections actuelles tablent pour 2019 sur un chômage à 7 %, soit son plus bas niveau depuis 2004.

Les raison dʼun succès

Les orientations de la politique économique menée par le PSP ne sont pas pour rien dans ce sursaut à faire pâlir dʼenvie nombre de gouvernants du continent. Le salaire minimum a été augmenté en 2016, puis en 2017 – en échange, il est vrai, de baisses de cotisations pour les employeurs. Ces deux augmentations substantielles ont permis de faire passer le Smic portugais de 505 à 557 euros. Dʼautres mesures sociales ont été prises en parallèle telles que lʼaugmentation des retraites et des allocations familiales, le renforcement du droit du travail, des baisses dʼimpôts pour les plus modestes, lʼarrêt des privatisations de services publics, le lancement de programmes de lutte contre la précarité, lʼamélioration des conditions de travail des fonctionnaires... Le programme de la gauche portugaise unie est à lʼexact opposé de ce que préconise Macron pour la France !

Le Portugal profite par ailleurs dʼun net regain des investissements dans certains secteurs industriels tournés vers lʼexportation (automobile, chaussures, textiles) et qui entendent profiter de « coûts » salariaux avantageux, sans pour autant sacrifier le savoir-faire de la main-d’œuvre. La qualité est le maître-mot de lʼattractivité retrouvée du Portugal : recherche de la qualité professionnelle chez les investisseurs donc, mais aussi de la qualité des infrastructures pour les touristes qui affluent de nouveau, et des produits de consommation pour une demande interne en hausse. Le Portugal rompt ainsi avec son image de pays aux bas coûts qui lʼavait mené dans le mur. En lʼespèce, la politique de mieux-disant social et dʼinvestissement public imposée par la gauche portugaise contre les préconisations de lʼUE se combine à merveille avec la conjoncture internationale.

Le vent frais des municipales

Profitant des succès économiques du gouvernement Costa, les candidats du PSP ont largement remporté les élections municipales dʼoctobre dernier. Avec 38 % des suffrages dans un scrutin marqué par la baisse de lʼabstention, le parti dépasse le score pourtant élogieux quʼil avait obtenu en 2013. « Le Parti socialiste a obtenu la plus grande victoire de son histoire » dans des élections locales, sʼétait alors félicité António Costa. Coelho, son adversaire et prédécesseur, a quant à lui dû reconnaître que le Parti social-démocrate quʼil dirige venait de réaliser « un de ses plus mauvais résultats ». Cette érosion de la base électorale du PSD affaiblit comme mécaniquement la position des droitiers qui, au sein du PSP, en appellent régulièrement au renversement des alliances et à la formation dʼune grande coalition des prétendus « pragmatiques ».

Le cercle vertueux de lʼunité joue à plein à gauche. Comme lʼa noté Fernando Louçã – lʼun des dirigeants historiques du Bloco de Esquerda –, Medina, le candidat du PSP à Lisbonne, a dû « sʼentendre avec (le reste de) la gauche ». Si les négociations ont été difficiles, il ne fait pas de doute que le travail en commun est en passe de devenir un réflexe pour une gauche portugaise historiquement encline aux déchirures. Même les communistes, en recul et tentés de briser lʼunité qui leur est à lʼheure actuelle défavorable sur le terrain, ont dû, eux aussi, faire des alliances dans plusieurs municipalités quʼils ont conservées.

Cet article de notre camarade Jean-François Claudon est paru dans la revue Démocratie&Socialisme n°252 de février 2018, mais il garde toute son actualité.

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