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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

International – Europe La revue DS

Où va le Parti social-démocrate allemand ?

Cet article de notre camarade Christakis Georgiou a été écrit en janvier, il est à retrouver dans le numéro de la revue Démocratie&Socialisme n°251 (janvier 2018). Il garde toute son actualité.

Au moment où cet article est écrit, le SPD vient de franchir un pas important vers la reconduction de la grande coalition avec la CDU-CSU qui gouverne l’Allemagne depuis 2005 (à l’exception de la mandature 2009-2013). Les deux partis ont en effet trouvé un accord préalable sur les grandes lignes d’un programme gouvernemental.

À moins que les adhérents sociaux-démocrates ne s’y opposent lors de la votation interne au parti prévue à cet effet, une nouvelle grande coalition paraît désormais fort probable.

Ce choix ne fera rien pour redresser la situation du principal parti de la gauche européenne, quelles que soient les avancées sociales qu’il aura obtenues dans le cadre des négociations1. La base du parti est depuis des années vent debout contre la politique de grande coalition, et sa colère est telle que, le soir même des élections fédérales de septembre 2017, la direction du parti a immédiatement exclu cette possibilité. Comme nous l’avons vu, cette politique est au moins en partie responsable des reculs qu’enregistre le SPD depuis plus de dix ans2, même si elle ne suffit pas pour expliquer son long déclin depuis l’apogée de sa puissance au milieu des années 19703.

Reculs électoraux et organisationnels

Le SPD a émergé à la fin de la Seconde Guerre mondiale comme l’unique parti de gauche en Allemagne, suite à l’interdiction du Parti communiste (KPD) d’obédience stalinienne. Cela lui a permis progressivement de reconstruire l’audience électorale qu’il avait avant la création du KPD pendant la révolution allemande et de devenir le deuxième grand parti de masse dans le pays derrière la démocratie chrétienne. À l’inverse de la situation française – où la gauche était essentiellement divisée entre socialistes et communistes – et à l’instar de la situation britannique, le SPD incarnait l’unité de la gauche, et entretenait des liens organiques puissants avec le mouvement syndical et la principale centrale ouvrière, le Deutscher Gewerkschaftsbund (DGB).

Cette période heureuse dans l’histoire du parti s’identifie avec la figure de Willy Brandt, son président de 1964 à 1987 et le chancelier fédéral de 1969 à 1974. Les scores du SPD aux élections fédérales grimpent d’un peu moins de 30 % au début des années 1950 à près de 46 % en 1972 – le score le plus élevé jamais enregistré dans les annales sociales-démocrates et la première fois où la formation devient le premier parti d’Allemagne.

Mais depuis ce sommet, on assiste à un long processus de déclin. Seules les années 1990 ont vu un rebond qui a débouché sur la coalition rouge-verte dirigée par Gerhard Schroeder ; mais les politiques alors menées par l’apôtre allemand de la prétendue « troisième voix » ont largement contribué à replonger le parti dans la crise.

La réunification a joué un rôle dans le redressement des résultats électoraux du SPD dans les années 1990. Comme dans le reste de l’Europe déstalinisée, la social-démocratie a été l’une des grandes gagnantes de l’ouverture et du retour des élections libres. Mais, dans les Länder de l’ex-Allemagne de l’Est également, les succès initiaux ont laissé place à un effondrement de la social-démocratie durant les quinze dernières années.

Le déclin du SPD ne s’explique pas seulement par un déplacement de son électorat vers les autres partis de gauche – les Verts et die Linke – qui sont représentés au Bundestag depuis les années 1980. Lorsque, dans la décennie suivante, les scores du SPD se redressent (de 33,5 % en 1990 à 40,9 % en 1998), les deux autres partis réalisent des progrès aussi. Certes, la scission du WASG – fondé en 2005 suite au départ d’Oskar Lafontaine du SPD – vient renforcer Die Linke qui, en 2009, réalise son meilleur score avec 11,9 %. Mais cette percée ne compense en rien la chute du SPD, qui passe de 38,5 % en 2002 à 23 % en 2009.

L’affaiblissement électoral du SPD correspond en réalité aussi à des reculs organisationnels de l’ensemble du mouvement ouvrier et socialiste allemande – un développement qui n’est pas propre à ce pays, mais qui touche toute l’Europe. Les effectifs du parti sont assez bien corrélés avec son audience électorale : sous Willy Brandt, en 1976, le parti dépasse le million d’adhérents, alors qu’il n’en comptait que 586 000 en 1955. Depuis, la baisse des effectifs ne s’arrête pas – sauf à l’occasion de la création de nouvelles sections du SPD en Allemagne de l’Est, au lendemain de la réunification. La chute est brutale : les effectifs ont été divisés par plus de deux entre 1990 et 2017 (de 943 000 à 430 000 adhérents)4.

La courbe est la même pour les effectifs du DGB5. Au moment de la réunification, la centrale syndicale frise les 12 millions d’adhérents grâce à l’afflux de nouveaux syndiqués dans les Länder orientaux. En 2010 déjà, elle n’en compte plus que 6 193 250, une perte de plus de cinq millions et demi. Ses effectifs sont plus ou moins stables depuis.

Quel avenir pour le SPD ?

L’évolution du SPD est typique des problèmes de la gauche européenne dans son ensemble. La déstructuration des tissus économiques et sociaux des Trente glorieuses qui avaient permis les succès électoraux des années 1960 et 1970 (jusqu’à 1981 en France) et fourni les gros bataillons des organisations socialistes et syndicales n’a pas – encore – été compensée par un renouveau en termes d’organisation et d’encadrement du salariat. Car même si les enjeux sociétaux (l’immigration en premier lieu en Europe) occupent une place de plus en plus importante dans la structuration du champ électoral, c’est bien les organisations de masse qui structurent la conscience sociale des salariés et orientent leurs comportements politiques. Ce n’est pas un hasard si les salariés syndiqués ont beaucoup plus voté pour la gauche aux élections fédérales de septembre 2017 que les autres, et qu’en France, on remarque de façon permanente un vote plus important des salariés proches d’un syndicat pour la gauche et plus faible pour le FN.

Mais la reconstruction du mouvement ouvrier ne se fera pas spontanément et indépendamment de l’orientation que les principaux partis de gauche adopteront dans les différents pays européens. L’exemple le plus important est le Labour de Jeremy Corbyn, dont le nouveau leader a à la fois reconstruit la base militante et réalisé un bond en avant de 10 % aux élections. Le parti comptait quelque 200 000 adhérents avant que Corbyn ne devienne son leader en 2015 : ils sont désormais environ 550 000 et la croissance des effectifs continue6. Ce patit miracle aété rendu possible par une orientation politique tranchant avec le blairisme, rupture qui a une résonance claire dans les bastions traditionnels du Labour, mais aussi au sein des nouvelles couches du salariat – les succès de Corbyn auprès des jeunes des agglomérations urbaines sont d’ailleurs au cœur de sa réussite.

Les prémices d’un développement analogue ont vu le jour après la désignation de Martin Schulz en janvier 2017 comme candidat du SPD à la chancellerie. Schulz avait gauchi le discours du parti et envisagé une coalition rouge-rouge-verte. Quelques dizaines de milliers de nouveaux adhérents sont venus au parti et le SPD a enregistré un bond dans les sondages. C’est tout le contraire de la voie dans laquelle la direction du parti cherche aujourd’hui à s’engager en signant un pré-accord reconduisant la grande coalition avec Merkel. Les reculs du parti se confondent en effet avec deux choses depuis vingt ans : les politiques antisociales menées par le gouvernement Schröder – qui a effectivement poursuivi un agenda de droite en matière de droit du travail, comme de fiscalité – et la participation du SPD aux grandes coalitions menées par Merkel depuis 2005.

Quelle différence entre la gauche et la droite dès lors, y compris depuis 2013 quand le SPD a réussi à arracher certaines avancées sociales que Merkel et la CDU se sont de toute façon attribuées ?

  1. Le SPD a obtenu l’introduction d’une pension de retraite complémentaire pour les retraités pauvres, des investissements importants dans les infrastructures d’éducation, une hausse des cotisations patronales maladie et une série de concessions en matière de politique européenne. L’accord prévoit aussi une hausse des dépenses publiques.
  2. Voir D&S 248.
  3. Voir l’entretien avec Florent Gougou dans le même numéro de D&S. La version intégrale de l’interview est consultable à l’adresse suivante : http://www.gds-ds.org/entretien-avec-florent-gougou-les-ouvriers-le-fn-et-la-gauche.
  4. https://www.reuters.com/article/us-germany-election-spd/german-spd-membership-surges-with-new-leader-in-election-year-idUSKBN1692F1
  5. Voir http://library.fes.de/pdf-files/id-moe/09113-20120828.pdf, p. 5.
  6. Voirhttps://esrcpartymembersprojectorg.files.wordpress.com/2016/07/hoc_partynumbers_fullreport_august2016_ sn05125.pdf, p. 9

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