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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Syndicats International – Europe Une

Hausse des salaires et durée du travail plus flexible

Pascal Meiser est député de Berlin au Bundestag, porte-parole du groupe parlementaire Die Linke en charge des questions syndicales et des activités de service. Nous lui avons demandé son analyse de l'accord passé dans la métallurgie allemande.

Après des grèves d’avertissement, dans la métallurgie et l’électronique, qui ont duré des semaines, le syndicat IG Metall et les patrons de ces deux secteurs sont parvenus début février à un accord sur les conventions collectives. Auparavant, le syndicat avait fait encore une fois pression sur le gouvernement et appelé à une nouvelle grève de 24 heures.

Que revendiquait IG Metall ? En plus de 6 % d’augmentation pour les 3,9 millions de salariés de ces secteurs, il exigeait la possibilité d’un temps de travail réduit temporaire avec une compensation salariale partielle pour ces employés exposés à des conditions de travail ou des conditions familiales particulières.

Deux visions irréductibles

La fédération syndicale demandait donc que les travailleurs puissent gérer librement leur temps de travail, exigence rejetée violemment par le président de l’Union patronale allemande, Ingo Kramer, qui a déclaré : « Il n’est pas possible qu’un salarié décide seul de la durée de son travail et du moment où il travaille ». En posant ses exigences, IG Metall avait ouvertement posé la question de qui détient le pouvoir sur les questions suivantes : qui travaille, quand et combien de temps ? Les organisations patronales allemandes vont en réalité dans une direction diamétralement opposée : pour elles, le temps de travail doit être allongé et continuer à être flexibilisé, et cela dans leur propre intérêt. La loi sur le temps de travail doit à leurs yeux être assouplie (en Allemagne, la durée maximale du travail hebdomadaire est de 48 heures).

Pour les deux parties, l’enjeu est de taille : pour les travailleurs, il s’agit de leur qualité de vie ; pour les employeurs, de milliards de profits.

Bilan mitigé

Il est difficile de porter un jugement sur l’accord salarial obtenu il y a peu. Pour les trois premiers mois de l’année 2018, il y aura rétroactivement des versements uniques. Les salaires augmenteront ensuite en deux étapes : de 4 % en avril 2018, puis il y aura, à partir de 2019, 400 euros en plus sur l’année et un versement annuel exceptionnel de 27,5 % du salaire mensuel. On voit que cela est nettement en dessous de la hausse de 6 % par an qui constituait la revendication essentielle de l’IG Metall. Si l’on calcule ce que cela représente pour la durée de l’accord (qui s’étend sur les 27 prochains mois), ces augmentations correspondent aux hausses des prix auxquelles on peut s’attendre et à l’évolution de la productivité.

Dans le même temps, IG Metall a imposé que les salariés puissent réduire leur temps de travail hebdomadaire à 28 heures pour une période limitée (sans compensation salariale). Ceux qui ont des contraintes particulières auront droit, s’ils le désirent, à huit jours de congés supplémentaires (avec une faible perte de salaire). En contrepartie, les employeurs pourront – dans des circonstances particulières – conclure plus de contrats de travail imposant jusqu’à 40 heures hebdomadaires (Dans les Länder de l’Ouest, le temps de travail hebdomadaire standard est de 35 heures dans la métallurgie et l’électronique, contre 38 dans ceux de l’Est).

Cette évolution est problématique. Tout porte à croire que beaucoup de conflits vont ainsi se déplacer au niveau des entreprises. Et pourtant, IG Metall est parvenu à remettre la question de la baisse du temps de travail sur le devant de la scène. C’est un signal clair en direction des employeurs et des responsables politiques : la réduction du temps de travail et le fait d’être maître de son temps de travail ne doivent plus être tabous.

Die Linke continuera à soutenir les syndicats dans leurs revendications sur une réduction progressive du temps de travail, si possible sans perte de salaire et avec une compensation en personnel. Car cette réduction du temps de travail est le meilleur moyen pour lutter contre le chômage et pour répartir le travail de manière plus équitable. Mais aussi pour que les travailleurs n’aient pas sans cesse à se poser ces deux questions : vivons-nous pour travailler ou travaillons-nous pour vivre ?

Pascal Meiser

Cet article sera à retrouver dans la revue Démocratie&Socialisme n°252 de février 2018.

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