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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

International – Europe La revue DS

Méditerranée orientale : mers interdites

Étant donné qu’il s’agit d’une seule mer, la Méditerranée orientale, le pluriel d’un tel titre exige une explication. Il veut tout simplement marquer la différence entre une mer à laquelle il est impossible d’accéder en raison d’obstacles terrestres, et une mer à portée de ses riverains, mais dont les dangers sont tels que sa fréquentation comporte des risques on ne peut plus réels. (Cet article de notre ami Philippe Lewandowski est paru dans la revue Démocratie&Socialisme n°249 de novembre 2017)

Seuls 20 kilomètres séparent les territoires palestiniens occupés de la Méditerranée, mais les joies de la plage tant vantée de Tel Aviv leur sont refusées, en raison de la loi d’entrée en Israël qui rend même passibles de poursuites pénales les Israéliens convoyant à une baignade des amis palestiniens habitant au-delà de la « ligne verte » formant frontière1. Ce détail n’avait pas été pris en compte lors de la malencontreuse promotion de cette plage sur les rives parisiennes de la Seine. Pour les Palestiniens les plus âgés des lieux, la mer n’est qu’un souvenir ; pour les plus jeunes, un rêve.

La plage cible

Si les enfants de l’immense camp de concentration à ciel ouvert que constitue la bande de Gaza peuvent physiquement accéder à la grande bleue, les jeux de plage peuvent cependant s’avérer mortels. Ainsi, le 16 juillet 2014, quatre enfants, âgés de 9 à 11 ans, qui jouaient au football sur une plage très fréquentée, étaient fauchés par un missile israélien tiré depuis la mer, sous les yeux de journalistes occidentaux. Moins d’un an plus tard, le dossier était clos, sans la moindre condamnation2.

Les eaux polluées

Les restrictions d’électricité rendent inopérantes les stations d’épuration des eaux encore en état de fonctionner. Prendre un bain de mer devient dès lors fortement déconseillé. Cette prudence s’étend même aux plages d’Ashkélon, en Israël, à quelques kilomètres au nord de Gaza, car la pollution se joue des frontières. Mais lorsque la température atteint les 35 degrés et qu’il est impossible d’aller ailleurs en raison d’un blocus implacable, le besoin de se rafraîchir se fait irrésistible, et finit par s’assouvir dans des eaux pathogènes qui peuvent s’avérer mortelles3.

La pêche entravée

Les accords d’Oslo prévoyaient une zone de pêche de 20 milles nautiques. Cette surface n’a cessé de varier : réduite à 3 milles en 2014, elle est passée à 6 milles par la suite, et à 9 milles depuis le 4 avril 2016, mais cet élargissement n’est valable que dans les parties sud et centrale de la bande de Gaza, pas au nord, en raison de la frontière israélienne. Ces restrictions imposées ne semblent pas suffire : ainsi, elles n’empêchent d’aucune manière la marine de guerre israélienne de harasser les pêcheurs gazaouis, qui se voient régulièrement soumis à des manœuvres d’intimidation allant jusqu’à des tirs parfois mortels ; emprisonnements, destructions et saisies d’embarcations sont aussi monnaie courante.

Périls en haute mer

La liberté des mers est une notion généralement reconnue comme un pilier fondamental du droit de la mer. Navires de commerce, de passagers, de plaisance, peuvent en principe croiser à leur guise en haute mer. Mais malheur à ceux qui signalent comme port de destination celui de Gaza : ils s’exposent ni plus ni moins à des attaques non pas de pirates au sens habituel du terme, mais de commandos de l’armée israélienne qui ne sont pas particulièrement réputés pour leur douceur ni freinés par des soucis diplomatiques. L’attaque des flottilles de la liberté et celle du navire solidaire des femmes sont encore dans toutes les mémoires4.

Il est vrai que l’armée la plus morale du monde s’était déjà fait la main en 1967 contre le « Liberty » militaire américain sans dommage notable5, pourquoi se gênerait-elle contre de vulgaires civils ?

Complicités avouées ou honteuses

Côté sud, c’est la marine militaire égyptienne qui veille à ce que les pêcheurs palestiniens ne dépassent pas les limites fixées. Les hommes du président al-Sissi n’hésitent pas eux non plus à employer la manière forte : arrestations et tirs faisant des victimes.

Faut-il ici saluer le dynamisme commercial des Européens ? La France vend à l’Égypte des navires militaires modernes, et l’Allemagne propose à Israël des sous-marins à prix réduit.

Il n’est pas sûr que ce soit très glorieux.

  1. « Femmes d’action », Démocratie & socialisme n°177, septembre 2010.
  2. http://www.lemonde.fr/proche-orient/article/2015/06/11/israel-clot-le-dossier-sur-la-mort-de-quatre-enfants-sur-une-plage-a-gaza_4652491_3218.html , consulté le 06/11/2017.
  3. https://www.sciencesetavenir.fr/nature-environnement/a-gaza-sous-blocus-la-pollution-tue-a-la-sortie-du-bain-de-mer_115810 , consulté le 06/11/2017.
  4. « La seconde flotille de la liberté », Démocratie & socialisme n°184, avril 2011.
  5. http://chroniquepalestine.com/attaque-du-liberty-ou-lecon-non-retenue , consulté le 06/11/2017.

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