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GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

International – Europe

Marche pour le Retour : massacres à Gaza

Il devient de plus en plus insupportable de voir les organes de communication dominants employer les termes de « heurts » ou « affrontements » lorsqu’ils traitent de la Marche pour le Retour des Palestiniens de Gaza qui se déroule du 30 mars au 15 mai. À la date et à l’heure d’écriture du présent article, plusieurs dizaines de manifestants désarmés ont été abattus, et l’on compte plus d’un millier de blessés. Le mot qui correspond à la réalité des faits est celui de « massacres ».

La « retenue » des rédactions est des plus lamentables. Les lecteurs, radio-auditeurs ou téléspectateurs les plus ingénus croient peut-être qu’elles s’efforcent de respecter un certain équilibre visant à l’objectivité. Mais quel équilibre peut-il y avoir entre les cibles et les tireurs, entre les prisonniers d’un camp de concentration à ciel ouvert et leurs gardiens-bourreaux ?

Qu’est-ce que la Marche pour le Retour ?

Sur une des banderoles accrochées sur le campement provisoire érigé par les manifestants, il est possible de lire : « Nous ne sommes pas là pour nous battre, nous sommes là pour revenir sur nos terres ». Il faut en effet rappeler que la grande majorité des habitants enfermés dans la bande de Gaza sont des réfugiés (ou leurs enfants et petits-enfants) chassés de chez eux lors du nettoyage ethnique constitutif de la Nakba de 1948. Ce qu’ils demandent n’est autre que l’application de la résolution 194 de l’ONU, qui affirme leur droit au retour.

Comme pour la première intifada (1987-1991) ou la campagne BDS (Boycott-Désinvestissements-Sanctions), il s’agit d’un authentique acte de résistance populaire dont nulle faction ne peut se prétendre à l’initiative. Cette mobilisation révèle une forte exigence d’unité s’adressant aux directions des organisations politiques palestiniennes dont les dissensions sont des plus nuisibles à la cause commune ; son caractère à la fois massif et pacifique prend la figure d’un cauchemar pour l’état-major israélien.

Une tuerie planifiée

Dissuasion et désinformation entrent simultanément en jeu. La première à destination des Palestiniens : discours d’intimidation, concentration de troupes (avec « tireurs d’élite »), tueries sélectives sont au menu. Il ne saurait être ici question de bavures, ces actes sont délibérés. Le 31 mars, l’armée israélienne a ainsi publié le tweet suivant : « Hier nous avons vu 30 000 personnes. Nous sommes arrivés préparés et avec des renforts précis, rien n’a été fait de façon incontrôlée, tout était précis et mesuré, et nous savons où chaque balle a atterri ». Comme le signale Ramzy Baroud, « le tweet, qui a été saisi par le groupe israélien de défense des droits de l’homme, B’Tselem, a été rapidement effacé »1.

Il pouvait gêner le second volet de l’opération, la désinformation. Celle qui a besoin de tant de complicités et qui en rencontre tant. Certains font preuve d’une compréhension quasi bienveillante pour les thèses israéliennes. « Les autorités israéliennes n’avaient ainsi pas de bonne solution (sic !). Si elles se contentaient de lacrymogènes et de balles en caoutchouc, elles risquaient qu’il y ait beaucoup plus de gens qui s’approchent de la frontière et essayent même de la franchir, il n’y aurait alors pas eu seize morts, mais un bain de sang d’une tout autre ampleur qui pouvait embraser la Palestine et placer Israël dans une position diplomatique encore bien plus difficile que celle qu’il affronte aujourd’hui. »2 Un massacre préventif donc ? Une sorte de vaccination ?

Une marque de faiblesse

Ces professionnels de l’information dite politiquement correcte se situent bien loin de la clairvoyance des anciens responsables du Shin Beth, l’agence du contre-espionnage israélien. Ainsi dans The Gate Keepers, un film documentaire de Dror Moreh, Yaakov Peri, responsable de 1988 à 1994, employait une formule partagée par ses collègues : « Israël remporte la plupart des batailles sans gagner la guerre »3.

Les régimes qui en sont réduits à faire tirer sur des populations désarmées sont des régimes condamnés. La répression sanglante du Dimanche rouge de janvier 1905 à Saint-Pétersbourg n’a précédé que de douze ans la chute du tsarisme. Le massacre d’Amritsar (ou du Jalianwalla Bagh) en avril 1919 n’a pas pu freiner l’essor de la lutte pour l’indépendance de l’Inde. En 1960, le massacre de Sharpeville, en Afrique du Sud, s’est peut-être avéré le prélude au commencement de la fin de l’Apartheid.

La Marche pour le Retour est une des mobilisations qui prolongent naturellement la campagne BDS, dont l’appel fixe des objectifs clairs : « la fin de l’occupation et de la colonisation des territoires palestiniens occupés, l’égalité pour les Palestiniens d’Israël et le droit au retour des réfugiés palestiniens, qui représentent la part la plus importante de la population palestinienne aujourd’hui »4. À nous de les soutenir et de les partager.

Cet article de notre ami Philippe Lewandowski est à retrouver dans la revue Démocratie&Socialisme n° 254-255

  1. Ramzy Baroud, « Israël craint la résistance populaire en Palestine », http://www.chroniquepalestine.com/israel-craint-resistance-populaire-palestine, consulté le 15/04/2018.

2.Cité par Pauline Perrenot, « Massacre à Gaza : contorsions cyniques dans les médias français », http://www.acrimed.org/Massacre-a-Gaza-contorsions-cyniques-dans-les , consulté le 15/04/2018.

  1. Samuel Blumenfeld et Gilles Paris, « Ces sentinelles perplexes d’Israël », http://www.lemonde.fr/culture/article/2013/02/28/ces-sentinelles-perplexes-d-israel_1840757_3246.html, consulté le 15/04/2018.
  2. Nadir Dendoune, « Tout savoir sur BDS, le mouvement de boycott contre l’occupation israélienne », http://www.lecourrierdelatlas.com/politique-tout-savoir-sur-bds-le-mouvement-de-boycott-contre-l-occupation-israelienne--11218 , consulté le 15/04/2018.

 

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