GAUCHE DÉMOCRATIQUE & SOCIALE

Le social au cœur À Gauche

« Créer une dynamique populaire d'émancipation »

Nous publions ici l'interview que Pierre Laurent (sénateur et secrétaire national du PCF) a accordé à Démocratie&Socialisme (D&S n°232 de février 2016)

6,8 millions de voix pour le FN, une union de la gauche qui se reconstitue entre les deux tours dans certaines régions, mais ne suffit pas pour l’emporter, comme c’est le cas en Île-de-France. Que penses-tu de la situation après les régionales ?

Le PS et le gouvernement ont connu une bien « étrange défaite ». En effet, le PS subit des pertes rudes en sièges et en territoires. Ce recul déstabilise les positions de la gauche dans son ensemble et la fait disparaître de deux régions majeures.

La gauche dans son ensemble est réduite à la portion congrue malgré le sursaut de mobilisation anti-FN du second tour.

Dans le même temps, Hollande et Valls peuvent estimer avoir des points pour installer la sinistre stratégie qui est la leur pour 2017 :

- Sur leur gauche, le Front de gauche et EELV sortent affaiblis d’un scrutin où ils n'ont pas réussi à rassembler les « déçus » de 2012 et les perdants de la politique économique et sociale du gouvernement.

- Au lendemain des régionales, Marine Le Pen apparaît aux yeux des électeurs comme sélectionnée d’office pour le second tour des présidentielles, d’où la possibilité de jouer la carte d’une nouvelle forme de vote utile dès le 1er tour en faveur du candidat Hollande.

- Le sabordage réussi des listes PS dans le Nord-Pas-de-Calais et PACA, ouvre la voie à une majorité gouvernementale et législative d’Union sacrée face au FN, incluant les composantes de la droite libérale et centriste.

- En terme de rapport de force, la droite ne progresse pas par rapport à 2010 et voit une partie de plus en plus grande de son potentiel électoral glisser vers le FN en particulier dans les couches populaires.

En somme, le piège du tripartisme s'installe, verrouillant un peu plus la situation politique.

La mise en place d’une structure de débat permanente à gauche te semble-t-elle être une bonne réponse pour restaurer le clivage gauche/droite et apporter des réponses à l’urgence sociale et écologique ? Comment la décliner, notamment sur les territoires ?

Nous devons travailler et batailler sur cette question de la gauche qui fait débat, parce que le mot a été abîmé, perverti, dégradé. Lorsque les médias l’emploient, ils en font le synonyme du Parti socialiste et de l’Élysée. Ce qui est visé avec la disparition de l’idée de gauche c'est la disparition de tout un imaginaire social et culturel et la négation de tout un peuple, qui dans sa diversité se reconnaît dans le mouvement issu des Lumières et des intuitions de Marx et aspire à l’émancipation humaine. François Hollande, Manuel Valls, Emmanuel Macron veulent tuer la gauche. Par leur politique, ils ont désarçonné de nombreux hommes et femmes qui croyaient une autre politique possible que le libéralisme et ils ont dégoûté une part importante de notre peuple de la chose publique. Réinvestir le champ de la gauche, de toute la gauche, en lui donnant un contenu de notre temps, est une condition pour retrouver la force d’une dynamique populaire d’émancipation, et pour redonner du sens à la politique. Le PCF participera à toutes les initiatives du local au national – et inversement – qui contribueront à ouvrir des espaces de débats. Nous avons créé « les lundis de gauche - porte ouverte pour 2017 » au siège du parti, nous créons des fabriques coopératives et forums populaires dans les villes et dans des entreprises. Nous participons à la bataille CQFD. Nous relançons des actions concrètes de solidarité dans les quartiers populaires et zones rurales. Nous participons aux réunions des appels pour une primaire de gauche, et nous participons à une « coordination des forces politiques » afin d'échanger et d'étudier ensemble les modalités d'une primaire.

Comment préparer au mieux l’échéance de 2017, qu'il s'agisse de la présidentielle ou des législatives ? 

Je rajouterais aussi les sénatoriales. Nous avons ouvert la porte au principe de primaire de gauche parce que tout est fait et pensé pour verrouiller la présidence, autour de trois possibilités et seulement trois : Marine Le Pen, un candidat de droite (Sarkozy, Juppé ou Le Maire) et François Hollande. On veut bien amuser la galerie, mais au fond, rien de ce scénario ne doit bouger. Il est évidemment inacceptable pour nous et pour notre peuple. C'est la disparition de la gauche et de toutes perspectives de transformations sociales.

Pour déverrouiller le débat, la question n'est pas donc seulement de construire une candidature à gauche de Hollande, mais de poser une question à toute la gauche : « quelle candidature de gauche en 2017 pour une alternative à l'austérité, pour un projet solidaire, pour battre la droite et l’extrême droite » ? C'est pourquoi, j'ai déclaré qu'il était nécessaire de construire par un processus populaire et collectif « une candidature de gauche sur un projet de gauche avec des valeurs de gauche ». Mais cela ne suffit pas, on parle entre nous de plate-forme, de contrat populaire. Cette base commune qui ferait qu'un-e président-e de la République fasse ce pourquoi il ou elle a été élu-e. Il y a donc besoin de député-e-s, sénateurs et sénatrices qui imposent ces choix, parce qu'au fond ce qui ne nous convient pas à tous c'est la Ve République. On a besoin d'une nouvelle constituante sociale et démocratique.

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